Le village disparu de Côte-des-Neiges

Coup de balais à la ville de Montréal

Entre les années 1960 et 1970, Montréal est en pleine transformation. Un vent de changement souffle sur la ville et, avec lui, plusieurs quartiers sont métamorphosés. Dans le cadre du plan Dozois, on doit éliminer les taudis pour faire place à la modernité. On met alors en branle un processus pour répertorier les habitations qui vont être détruites en numérotant et en photographiant les bâtiments. Nous avons réussi à mettre la main sur un lot de photo numérisé par la ville de Montréal.


Tout un quartier remplacé par un parc


Entre 1964 et 1967, on procéda à l'éradication d'un quartier sans en laisser la moindre trace. Il s'agit du secteur du parc Jean-Brillant tout près de l'Université de Montréal. Non seulement le secteur résidentiel du parc a disparu, mais un nombre considérable de belles maisons construites vers 1900 de l’autre côté de l’avenue Decelles y ont aussi passé. C’est tout un secteur résidentiel de la Côte-des-Neiges qui a été effacé par l'expansion de l'Université de Montréal qui s'installa dans le quartier à partir de 1928. Sur une note plus heureuse, ces nombreuses expropriations auront permis d’offrir aux enfants du quartier un espace de jeu. La jeunesse étudiante en a également profité en venant s’instruire dans un des plus grands lieux du savoir francophone en Amérique du Nord.


Il y a 60 ans, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le parc Jean-Brillant, il y avait un village de plus de 200 familles. En expropriant les habitants du village, on les a déracinés de leur quartier. Aucune raison n’a été trouvée pour justifier cette destruction massive, si ce n'est le fait que cet ensemble de maisons, pour la plupart d'allure pittoresque, aurait pu paraître, pour certaines autorités au pouvoir, vétuste et délabré. Pourtant, dans les souvenirs des enfants qui ont habité le quartier, ce village, plein de vie, respirait le bonheur. Au cours de mes recherches, j’ai retracé une volonté de cacher cet endroit aux yeux du public lors de l'Exposition Universelle de 1967. Une autre raison évoquée aurait été de remplacer le parc pour enfants qui était situé de l'autre côté du chemin Côte-des-Neiges près de l'Église.


Plus de 600 personnes ont perdu leurs logis


À partir de l’image nous avons compté 154 adresses disparues pour les 53 bâtiments des deux pâtés de maisons de l'image. De plus, en considérant les immeubles détruits pour reconfigurer la rue Jean-Brillant en ligne droite vers le chemin de la Côte-des-Neiges et en estimant, de façon très conservatrice, 4 personnes par adresse, on arrive à un total minimum de 600 personnes qui ont perdu leurs logis.


De façon plus réaliste, on est quelque part entre 600 et 900 personnes affectées!

On compte deux rues disparues (Rochon et Claude). La rue Jean-Brillant, formée des rues Tremblay et Albani, a été prolongée en ligne droite jusqu’au chemin de la Côte-des-Neiges.



Le massacre de l'avenue Decelles


Le secteur du parc Jean- Brillant n'est pas le seul à avoir subi l'expropriation et la démolition. Les installations de l'Université de Montréal (UdeM) avec ses multiples pavillons dans le quadrilatère formé par les rues Jean-Brillant, Decelles et Marie Guillard. Le secteur de la rue Louis-Collin était un secteur résidentiel en partie constitué de maisons qui ressemblaient beaucoup à celles des rues Lacombe et Fendall. Plusieurs familles ont dû être relocalisées après avoir été arrachées de leur maison, qui représentait souvent toute leur vie.


Il ne faut pas négliger les torts psychologiques associés au déracinement de toute cette population peu importe la raison. Plusieurs habitants du quartier trouvaient leur environnement parfaitement sanitaire et harmonieux. Il y avait un esprit de village dans lequel ils retrouvaient leur petit bonheur.


Ce changement de vocation du quartier a bouleversé plusieurs familles. Pour mieux comprendre l'impact de cette destruction, on peut observer des photographies incluant des photographies aériennes. Le village de la Côte-des-Neiges est devenu en grande partie un quartier étudiant. Les copropriétés, les appartements, les établissements scolaires et les hôpitaux ont remplacé les champs des cultivateurs et des jardiniers et les bâtiments des tanneurs. Le bruit de la circulation a remplacé le martèlement du forgeron. Ce sont dorénavant les étudiants universitaires de passage qui animent le quartier. Le petit village de fidèles paroissiens canadiens-français au pied de l'Oratoire a disparu avec tous ses commerces et ses restaurants, mais surtout avec tous ses personnages qui animaient la vie de ce quartier.



Souvenirs d'une vie de quartier


La rue Gatineau était le centre du village où il y avait une vraie vie de quartier. Juste sur cette rue, il y avait au moins trois épiceries, une salle de billard (Pool Room), un casse-croûte, un barbier et une quincaillerie, tous à proximité de l'école Notre-Dame-des-Neiges. Les familles du village, dont la plupart étaient d’origine québécoise, tiraient leurs racines des premiers colons à s'être établi le long du ruisseau qui coulait de la montagne en suivant le chemin de la Côte-des-Neiges.


À la suite de ce bouleversement, plusieurs habitants sont littéralement morts du choc causé par ce bouleversement. Des témoins de cette époque alors qu’ils étaient jeunes, nous ont dit avoir vécu avec difficulté ce déracinement. Selon eux, ce sont les personnes plus âgées qui ont été les plus affectées par cette éviction après y avoir passé toute leur vie. Leur relocalisation tua leur esprit de quartier et les éloigna de l’Oratoire et du frère André qu'ils avaient côtoyé pendant des décennies.


La suite bientôt ...

Merci à tous ceux et celles qui ont contribué de près ou de loin à cette recherche, sans vous, tout ceci ne serait pas possible. Continuer à nous envoyer des photographies et des renseignements pour nous permettre de poursuivre notre travail.


Texte et recherche par Jonathan Buisson


Source https://www.conseilcdn.qc.ca/wordpress/wp-content/uploads/2013/09/Histoire_Cotes_Des_Neiges-4.pdf

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