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Le cinéma Snowdon

Dernière mise à jour : 26 juin 2023

Dans les années 1930 à Montréal, il était impensable, voire inconcevable, d'avoir des plateformes de divertissement comme Netflix et Disney pour se distraire et se changer les idées. Si l'on voulait regarder des films, il était pratiquement nécessaire de sortir de chez soi. C’est donc dans cette optique que furent aménagés les grands cinémas palaces à cette époque.



Avec ces bâtiments qui abritaient la salle de visionnement et le grand écran, on créait tout un décor autour de l’endroit afin de faire rêver les gens, de les faire voyager, grâce à des décors somptueux, et cela tout près de leur domicile un concept d’immersion comme on n'en voit plus guère dans les cinémas de nos jours, puisqu’aujourd’hui les décors se résument à des comptoirs à popcorn ou des arcades-vidéos.



À cette époque, on misait réellement sur une ambiance qui pouvait faire en sorte que le commun des mortels puisse se sentir comme étant un propriétaire de manoir, et quand on visitait ces endroits, avec un peu d’imagination, tout était possible.



Situé au 5227 Décarie, et construit en 1936, le Cinéma Snowdon répondait ainsi à un besoin de divertissement dans un secteur en pleine croissance. Le bâtiment et son architecture streamline moderne offre une façade plus modeste que certains autres cinémas édifiés à la même époque, par contre, l’intérieur est magnifique. Les moulures, les céramiques et les couleurs formaient un ensemble de décorations splendides qui inspirait un certain côté chic, le tout dans un style art déco, réalisé par Emmanuel Briffa qui avait aussi décoré l’intérieur du théâtre Empress dans le secteur de Notre-Dame-de-Grâce.



C’est le 27 février 1937 que le Cinéma Snowdon ouvre ses portes pour la première fois, avec comme programme principal deux films et, en fermeture, une pièce de vaudeville présentée sur la scène.



Dans les années 1950, on modifie la façade et l'on ajoute une nouvelle marquise. En 1968, on y présente des films pour adultes. On constate ici que seulement 30 ans plus tard, le bâtiment aura perdu beaucoup de son prestige.



En 1972, on décide de présenter des films de Charlie Chaplin pour une période d’une année, mais force est de constater que ceux-ci n’ont pas la cote. On revient alors à la présentation de films pour adultes. Dix ans plus tard, en 1982, notre cinéma fermera définitivement et plus jamais aucun film ne sera présenté dans ce bâtiment. Il restera vacant jusqu’en 1990 et sera alors transformé en centre commercial.



Parmi les différents nouveaux aménagements, on divisera l’ancienne salle de représentations à haut plafond en deux étages. La partie du haut conservera plusieurs éléments art déco qui ont très bien été répertoriés et faisaient toujours partie du décor intérieur jusqu’à une période encore relativement récente.



Après plusieurs années, et jusqu’en 2013, cette fameuse salle du deuxième étage a accueilli un club de gymnastique, l’absence d’investissement dans l’entretien du bâtiment aura fini par causer certaines dégradations, notamment dues aux intempéries, allant même jusqu'à ronger la structure du toit qui, commençant à présenter de sérieux risques d’accidents, aura eu pour conséquences que décision fut prise d’en fermer les portes.



En 2016, des adolescents se sont infiltrés au niveau de ce deuxième étage dans le bâtiment laissé à l’abandon, et ont allumé un feu dans les équipements en mousse laissés sur place par l’ancien club de gymnastique, le tout ayant même été filmé et publié sur le web.



Suite à cet acte déplorable, le bâtiment fut gravement endommagé. C’est donc ainsi que s’est tristement terminée l’histoire de ce lieu que fut ce cinéma mythique.


La même année, la ville de Montréal mettra le bâtiment en vente. Un promoteur immobilier en prit possession sous certaines conditions, parmi lesquelles il se devait de conserver la façade et intégrer certains éléments Art déco dans l’actuel bâtiment. Toutefois, la totalité de l’intérieur a été entièrement démolie. Malgré tout, le projet aura tout de même permis de nous donner une vague idée de ce à quoi ressemblait l’extérieur du bâtiment pendant sa période de vie du cinéma.



Cette recherche amène plusieurs réflexions quant à ce genre de projet

Tout d’abord, pourquoi permettre à des propriétaires irresponsables d’acquérir de tels immeubles après leur possession par la ville ?

Pourquoi laisse-t-on dépérir ces joyaux ?

Où se trouvent les précieux éléments Art déco du bâtiment ? Ont-ils été intégrés dans l’actuelle construction ?

Sur les photos prises après l’incendie, on peut constater que certains éléments emblématiques auraient pu être récupérables. Espérons une fin plus heureuse pour le cinéma Empress.

Car oui, il est permis de rêver...


Texte et recherche Jonathan Buissson


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