Une promenade printanière historique dans la Côte-des-Neiges


Le 7 mai dernier, dans le cadre de la 14ième édition des Promenades de Jane, j’organisais une promenade du quartier Côte-des-Neiges intitulée Les bâtiments centenaires du village disparu et l’impact de la diversité culturelle.

Par une belle journée de printemps, une vingtaine de participants se sont présentés pour parcourir, en un peu plus de 90 minutes, un itinéraire de 10 stations autour du Parc Jean-Brillant.


Jonathan et moi les avons accueillis devant le 5200 du Chemin de la Côte-des-Neiges, car c’est à cet endroit que se trouvait la maison du forgeron et épicier Ovila Prévost au début du 20ième siècle. Cette belle maison a, par la suite, été déplacée au coin des avenues Decelles et Maréchal.

L’objectif de cette promenade consistait justement à observer une douzaine de bâtiments centenaires comme celui-ci.


Vers 1900, lorsque ce bâtiment était sur le chemin de la Côte-des-Neiges, il était un des seuls faits de briques avec une façade de pierre grise de Montréal. Sur la vue du village, on voit le même bâtiment encadré en blanc de l’arrière avec la forge juste à côté. Ovila Prévost s’associera avec son beau fils Oscar Motard pour ouvrir, juste à côté, l’épicerie Prévost et Motard qui deviendra, par la suite, l’épicerie de J. A. Gougeon. Ce dernier était d’ailleurs le cousin de ma grand-mère Doucet.

À l’arrière de ces bâtiments circulait le ruisseau Notre-Dame-des-Neiges dont nous avons suivi le trajet jusque vers la dernière tannerie Prévost et Gauthier fermée entre 1912 et 1914.

Chemin faisant, nous nous rappelions nos souvenirs des nombreux bâtiments disparus et des personnages célèbres du quartier : le château Lacombe devenu le presbytère du curé Perrault, la pharmacie du Docteur Charrette qui faisait compétition au Frère André et à son huile de Saint-Joseph, …

Jane Jacobs qui est à l’origine des Promenades de Jane aurait été fière de notre petit groupe car nous nous posions des questions sur ce qui allait arriver avec nos bâtiments centenaires. Jane était une philosophe de l’urbanisme, mais aussi une activiste dont l’œuvre vise à protéger le patrimoine bâti pour éviter qu’il soit rasé au profit des condominiums.

Nous avons souligné aussi les efforts du comité de parents et l’apport des immigrants dans le quartier ce qui a permis de sauver l’école Notre-Dame-des-Neiges entre 1972 et 1978. Au milieu des années 1950, l’école avait accueilli jusqu’à 600 élèves. Or, en 1972, elle n’en comptait pas plus de 300 ce qui faisait qu’elle était devenue à moitié vide. C’est la mise en place de 8 classes de francisation pour les immigrants (programme COFI – Centre d’orientation et de formation des immigrants) qui a permis de combler ce vide. D’autre part, l’ajout d’une garderie et d’une cafétéria a permis d’accueillir les enfants des travailleurs du quartier qui allaient auparavant dans des écoles privées.


Le symbole le plus visible de l’annexion de la Côte-des-Neiges par la ville de Montréal est certainement la Caserne no.27 bâtie vers 1908. Nous avons même pu assister à un exercice des pompiers qui nous a permis de prendre cette belle photo qui demeurera un souvenir mémorable de notre beau petit groupe de marcheurs et de philosophes de l’urbanisme.

Pierrette Trudel nous a parlé de la création de la Coopérative d’habitation de la rue Lacombe. Cette initiative menée par Micheline Rhéaume est devenue un autre exemple de projet rassembleur dans le quartier. Ce genre d’initiatives et d’efforts, tout comme la sauvegarde la maison Fendall au début des années 2000, montre que les citoyens sont capables de se mobiliser pour sauver leur milieu de vie et les joyaux de leur quartier.


Au cours des années, de profondes cicatrices ont métamorphosé le village de la Côte-des-Neiges. Il reste pourtant un bâtiment historique qui a particulièrement attiré notre attention : la maison Simon Lacombe à l’entrée du cimetière. Bâtie au 18ième siècle à l’époque de la Nouvelle-France, elle se situait, à l’origine, au bord du ruisseau, à l’entrée du village. Ce bâtiment a appartenu à plusieurs tanneurs et cultivateurs. Son style rural particulier représente bien l’histoire de ce village et soulève la question : mais qu’arrivera-t-il à ce bâtiment centenaire abandonné dont l’aspect semble plutôt négligé?

En voyant ce bâtiment, je ne peux m’empêcher de penser au musée de Lachine qui a su récupérer un bâtiment construit en 1669 pour en faire un musée. Ce musée contient même une horloge Twiss qui aurait pu être fabriquée le long du ruisseau Notre-Dame-des-Neiges vers 1823. Tant par son cachet, son histoire que par sa localisation, la maison Simon Lacombe mériterait certainement d’être davantage valorisée en devenant une icône dynamisée du village disparu.


Après avoir traversé le Parc du 6 décembre 1989 et après avoir continué à retracer le trajet du ruisseau canalisé, nous avons atteint la dernière étape de notre promenade : le Parc Jean-Brillant à côté de l’arbre où se trouvait jadis la maison des Boudrias sur Gatineau près de l’avenue Swail. Nous nous sommes rassemblés autour de ce peuplier deltoïde centenaire, seul survivant de l’histoire de cette portion du village dont la population a été déracinée dans le milieu des années 1960. De cet endroit, nous avons pu observer plusieurs bâtiments centenaires dont certains ont été récupérés par des immigrants qui ont su s’adapter rapidement à leur nouvel environnement pour perpétuer la vie du quartier. Au cours des 25 dernières années, la famille Hurtado en a été le parfait exemple en reprenant l’ancien restaurant grec Kalimera sur Gatineau.

Cette journée fut magique dans l’ensemble de son déroulement par ses rencontres, ses souvenirs, ses histoires, ses réflexions et ses espoirs.Il n’y a pas que Jane qui aurait été fière de nous. Je crois que nos ancêtres l’auraient été tout autant.


Texte Sylvain Rousseau


Source https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/1955523?docsearchtext=cote%20des%20neiges

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