Le melon de Montréal et son histoire oubliée

Le processus de sélection

Avec sa sédentarisation, l’humain, devenu cultivateur, commence à sélectionner les plantes sauvages les plus intéressantes sur le plan alimentaire pour littéralement les domestiquer au moyen d’un procédé de sélection naturelle des semences. Après avoir choisi les plus beaux spécimens, le cultivateur récupère les graines de son fruit ou de son légume. Il les sème pour obtenir une plante améliorée et il répète le même procédé de saison en saison en créant plusieurs générations améliorées de la plante. De cette façon, il parvient progressivement à modifier les caractéristiques de la plante pour lui donner les qualités alimentaires recherchées. Au fil des siècles, on réussit à transformer ainsi plusieurs légumes et fruits pour obtenir, par exemple, une chaire plus sucrée, une forme ou une grosseur désirée et même une durée de vie plus longue pour favoriser son transport.


Le melon en Nouvelle-France



Le melon fait son apparition en Nouvelle-France en 1684 alors que les Jésuites commencent à le cultiver tout le long de la vallée du Saint-Laurent. À Montréal, où le printemps arrive plus tôt de quelques semaines par rapport à Québec, le melon a la possibilité de se développer davantage pendant l’été. Au début, plusieurs sortes de melon importées par les Européens sont cultivées. Puis, en appliquant la technique de sélection naturelle décrite précédemment, des cultivateurs de Montréal réussissent à développer le melon de Montréal qui devient aussi gros qu’une citrouille.


Le melon de Montréal


Ce sont les familles Décarie et Gorman qui réussissent à obtenir cette nouvelle variété de melon grâce à leurs efforts répartis sur plusieurs années. C’est en sélectionnant les semences, en les semant très tôt au printemps et en leur prodiguant des soins particuliers qu’ils parviennent à développer une plante qui correspond à leur objectif de goût et de forme recherchés. En effet, la culture débute aussitôt qu'en mars alors que les semences des melons étaient placées dans des contenants de tourbe sous des couches chaudes. Les couches chaudes utilisées sont en fait de petites serres munies de fenêtres doubles orientées vers le sud.


Puis, au milieu du printemps, les cultivateurs de melon creusaient des tranchées de 60 centimètres de largeur qu’ils remplissaient de fumier. C’est dans ces tranchées qu’ils transplantaient les jeunes plants. Plus tard, durant l'été, ils plaçaient des grosses pierres plates sous les melons pour que la chaleur accumulée pendant le jour soit transférée au fruit durant la nuit. Cette roche favorisait le mûrissement du melon tout en évitant qu'il touche le sol pour éviter son pourrissement. Pour lui assurer une belle forme, le melon devait être tourné à la main d'un quart de tour toutes les semaines. C’est grâce à cette technique et à ces soins particuliers qu’on arrivait à produire d’immenses melons de plus de 7 kilogrammes. Vers la fin des années 1880, le grainetier américain Burpees mentionne dans son catalogue que ce melon est un des plus gros vendeurs en Amérique du Nord. Le fameux melon de la famille Décarie était clairement le plus exporté. Il avait une forme plus ronde que celui de la famille Gorman dont le melon était plus allongé et ressemblait à un ballon de football.


Ces deux variétés de melon avaient la même chaire verte et le même goût de muscade sucrée. Ce melon d’abord cultivé à Notre-Dame-de-Grâce sera aussi cultivé dans la Côte-des-Neiges et à Ville Mont-Royal. Plusieurs familles de Notre-Dame-de-Grâce cultivaient ce melon le long de l’actuelle autoroute Décarie. Dans la Côte-des-Neiges, des familles comme les Cardinal, les Benoit, les Daoust et les Roy le cultivaient le long du ruisseau Raimbault.


Un bien précieux


Une seule tranche de ce melon de Montréal se vendait au même prix qu’un steak dans les plus grands restaurants de New York, de Chicago et de Boston. Quand la récolte arrivait presque à maturité, il n'était pas rare de voir apparaître des voleurs de melons. On engageait des gardes armés pour surveiller les champs pendant la nuit. On raconte aussi que le premier ministre du Québec allait chercher sont melon sur lequel ses initiales étaient gravées. On rapporte aussi que, compte tenu de sa valeur et de sa fragilité, on doit faire appel à des entreprises spécialisées en transport.


Les melons seront individuellement déposés dans des paniers remplis de paille pour éviter que les melons s'entrechoquent entre eux. Ils seront expédiés par camion vers le sud en direction des restaurants où ce melon était tant apprécié.




Le déclin et la disparition du melon


A partir de 1920, la popularité du melon de Montréal décline. Les fermes qui le cultivaient disparaissent peu à peu. En 1954, on ne retrouvera même plus de semences de melon de Montréal dans les catalogues agricoles.



Son coût élevé causé par son mode de culture associé à sa fragilité et sa courte durée de conservation de 10 jours ont raison de lui. Dorénavant, on lui préfère d’autres variétés moins exigeantes et moins capricieuses. Personne ne s’intéressa aux droits de production du melon de Montréal qui appartenaient aux familles Décarie et Gorman. Sauf que, dans les années 1990, on s’intéresse à nouveau à ce fameux melon… A suivre ..



P.S. Saviez-vous que le parc Kent, situé sur le chemin Côte-des-Neiges dans le quartier du même nom, a déjà servi partiellement de champ pour la culture du melon de Montréal. La maison Roy, tous proche de ce parc, appartenait au cultivateur Edouard Roy qui le cultivait sur ces terres.


Texte et recherche par Jonathan Buisson


Source Banq et Potager d'antan

https://potagersdantan.com/2011/09/30/edouard-roy-et-le-melon-de-montreal/

https://www.journaldemontreal.com/2020/09/04/la-fabuleuse-histoire-du-melon-de-montreal

https://fr.wikipedia.org/wiki/Melon_de_Montr%C3%A9al

https://potagersdantan.com/2011/10/18/le-melon-de-montreal-cucumis-melo/

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